Si la plupart des photographes s’accordent désormais sur la nécessité du calibrage de leur écran pour en normaliser les conditions d’affichage et caractériser la reproduction des couleurs, certains croient aveuglément à la pertinence dudit calibrage. Or, celui-ci contribue très souvent à produire des tirages trop sombres, et ce, même avec un outil réputé comme étant sérieux.
Plusieurs fabricants (X-Rite, Datacolor, Pantone, etc.) se partagent le marché des solutions de calibrage, proposant soit des colorimètres soit des spectrophotomètres, accompagnés de différents logiciels. La précision des outils de calibrage est alors aussi importante que celle des logiciels. Le calibrage se déroule en deux étapes distinctes : le calibrage et la caractérisation. La première étape sert à régler l’écran selon des normes préétablies pour l’affichage (gamma, point blanc et luminance minimale et maximale), la seconde quantifie et corrige la réponse spectrale de l’écran en comparant les valeurs mesurées à des valeurs de référence.

Spyder3Express : mieux vaut investir quelques euros supplémentaires (Spyder3Pro ou Elite)...
Si cette seconde étape est maîtrisée par l’ensemble des solutions de calibrage du marché, on ne peut pas dire autant de la première. Les solutions d’entrée de gamme limitent les options au strict minimum vital. Ainsi, elles imposent le plus souvent des valeurs “standard” pour le gamma (2,2) et le point blanc (D65 ou 6500 K). Si cela n’enlève rien à leur utilité (la plupart des photographes se tiennent de toute façon à ces valeurs imposées), les solutions d’entrée de gamme souffrent d’un défaut rédhibitoire : Spyder3Express, X-Rite Display LT et Pantone Huey ne permettent pas de mesurer et d’ajuster la luminance du blanc, bien que cette fonctionnalité soit prise en charge par les sondes fournies. Si le bridage en question sert à différencier ces kits au rabais des autres ensembles plus ambitieux, il nuit aussi à leur exploitation. Par leur positionnement tarifaire, ils s’adressent à des utilisateurs peu aguerris et pour la plupart munis d’écrans bas de gamme. Or, les écrans grand public souffrent d’une luminosité excessive, souvent trois fois plus élevées que la valeur de luminance conseillée, se situant, elle, entre 90 et 120 cd/m2 ! De nombreux acheteurs de sondes bas de gamme se plaignent en effet de tirages excessivement sombres, résultant de la retouche sur un écran trop lumineux. Si Spyder3Express et ses consœurs génèrent un profil ICC pour caractériser l’écran, le profil en question ne compense pas la luminosité excessive de ce dernier, annihilant ainsi tous vos efforts visant à faire correspondre l’affichage de l’écran au rendu du tirage imprimé.
Faites attention aux fausses économies sur la sonde de calibrage. Si vous ne disposez pas d’un écran de qualité convenable (dalles PVA ou IPS) et pré-ajusté en usine, les solutions de milieu de gamme (Spyder3Pro, hueyPro) et de haut de gamme (Spyder3Elite, EyeOne Display2) offrent en réalité un rapport qualité/prix bien plus intéressant. Quant aux solutions “universelles” pour calibrer l’écran et l’imprimante (Spyder3 Print SR et ColorMunki), elles proposent, elles aussi, l’analyse et le réglage de la luminance. Si toutefois, vous possédez déjà l’un des kits “pas chers”, je vous conseille d’emprunter un des outils cités plus haut pour régler une fois pour toutes la luminance de votre écran. Notez la valeur de luminance et ne touchez surtout plus aux réglages OSD de votre écran.
Quant aux kits Spyder3Express et X-Rite Display LT, ils ne sont finalement utiles qu’aux heureux possesseurs d’un écran haut de gamme, doté d’un calibrage matériel. Le logiciel Color Navigator des écrans Eizo ColorEdge, pour ne citer que lui, se moque en fait de la puce d’identité du colorimètre, seule distinction physique entre une sonde à 100 et une autre à 300 euros…