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Nikon D3x : prise en mains, troisième partie

Lors des tests précédents, la comparaison entre les deux appareils vient tout naturellement, d’autant que la qualité et le rendu des images est tout à fait comparable, à la résolution (et donc au bruit numérique) près.

Nous publions cet article avec l’aimable autorisation de Laurent Thion et Jean-Christophe Courte (Urbanbike).

D3x versus D3 ou la vaine course aux pixels

Lors des tests précédents, la comparaison entre les deux appareils vient tout naturellement, d’autant que la qualité et le rendu des images est tout à fait comparable, à la résolution (et donc au bruit numérique) près. Rappelons que les différents systèmes de mesure de la balance des blancs, du temps de pose et de de l’autofocus sont rigoureusement les même sur les deux boîtiers.

Aussi l’envie m’est venue de comparer une image d’exemple réalisée dans les mêmes conditions d‘éclairage, avec la même optique (Micro Nikkor 105mm VR) à la même ouverture (f/27), et à la sensibilité ISO nominale (soit 100 ISO pour le D3x – 1 seconde de pose, et 200 ISO pour le D3 – 1/2 seconde de pose), avec les mêmes presets (balance des blancs, profils colorimétriques…).

Voici les deux photographies :


Personne ne s‘étonnera de ne voir aucune différence sur un rendu à 450 pixels de large. C’est normal…

Ensuite, j’ai imprimé au format A4 chacune des images.

Là encore, la différence est rigoureusement indécelable à l‘œil nu. C’est donc sur des formats supérieurs que l’on tire parti des 24 millions de pixels ?

Qu‘à cela ne tienne : direction le show room d’Océ France (http://www.oce.com/fr/default.htm), où je fais réaliser des “petits” tirages de 120 centimètres de large.


Impression sur laize de 130 cm, encres à éco-solvants, imprimante Océ CS9160.

Et là, le couperet tombe : on ne voit pas non plus la différence entre les deux tirages !

L’honnêteté m’oblige à reconnaître que lors d’un examen à vue à une distance de 20 centimètres, certains petits détails “semblent” légèrement mieux définis sur l’image tirée du D3x. Sachant que l’accentuation appliquée aux deux images natives n’a pas été optimisée pour ce type d’agrandissement, le fichier du D3 pourrait être encore un peu plus accentué pour ce cas d’utilisation précis.

Toujours est-il qu’une image de 120 centimètres de base ne se regarde pas à la loupe. Rien ne distingue les deux images à une distance normale de consultation, je le répète.

Je n’ai pas eu le temps de réaliser des tirages avec un facteur d’agrandissement supérieur mais je n’ai pas spécialement d’inquiétude compte tenu du savoir-faire actuel des RIPs utilisés sur de tels traceurs. J’en veux pour preuve l’image qui est appliqué sur le mur du show room :

Elle doit peser aux alentours de 100 Mo, et n’a pas été prise dans le but d‘être imprimée si grande (vous en verrez la version panoramique ici). Cette affiche est bien sûr légèrement pixellisée si on la regarde de très près, mais l’impact visuel n’est pas altéré par l’agrandissement, à distance normale de vision.

Encore un autre exemple là : ce visuel a été réalisé au D300 (12 millions de pixels) pour une brochure.

Mon client manifeste le souhait d’en tirer un poster d’un mètre carré pour décorer son stand lors d’un salon : pas le moindre pixel n’est visible !!

Mais alors, pourquoi utiliser un D3x bien plus poussif qu’un D3 à l’utilisation, générant des fichiers particulièrement lourds, proportionnellement plus long à traiter et nécessitant le double d’espace pour l’archivage ? Avec du bruit dès 800 ISO ? Au regard du prix de vente, la question mérite d‘être posée. En tous cas, je garde mon D3 sans regret aucun, avant tout pour sa qualité d’image à basse comme à haute sensibilité.

Alors, 24 millions de pixels pour quoi faire ?

Certains diront qu’une résolution supérieure permet de recadrer dans l’image. Certes, mais vu la destination “studio” du D3x, il est rapide de s’apercevoir si une vue est correctement cadrée ou non, et il est possible de la refaire (contrairement aux paparazzis à qui je déconseille cet appareil…).

Après ces quinze jours d’utilisation, j’ai tout de même trouvé un domaine où l’abondance de pixels ne nuisait pas : Les images en très haute définition. En voici un premier exemple de 490 millions de pixels.

Et ces deux exemples bien plus raisonnables :


Le Nikon SP d’un certain Jeanloup Sieff (http://jeanloupsieff.com/). 18 vues D3x assemblées, 77 millions de pixels.
Cliquez ici


Le Leica M3 du même Jeanloup Sieff. 14 vues D3x assemblées, 106 millions de pixels
Cliquez là

Le D3x permet, de par sa résolution, de minimiser le nombre de vues pour réaliser ces images par assemblages. Néanmoins, le gain de temps s’en trouve allongé pour le post traitement. C’est donc paradoxalement sur un écran résolu à 72 dpi que l’on est le mieux à même d’apprécier le gain en pixel apporté par le D3x. De tels monstres informatiques (certaines de mes images pèsent jusqu‘à 3 Go en RVB 8 bits) ne sont pas toujours traités correctement par les rips d’impressions qui n’ont pas besoin d’autant d’information pour réaliser une excellente image imprimée… Je réserverai donc éventuellement le D3x au marché (plutôt fermé) des fichiers HD consultable sur écran (cf Cité de l’architecture).
Les images en très haute définition font tout de même la différence lorsqu’elles sont imprimées en grand format, mais à la condition de dépasser allègrement les 24 millions de pixels du D3x.

L’impasse

Il est vain de refaire l’histoire de la photographie, mais le moyen format a été, et reste, la seule possibilité d’obtenir une qualité supérieure d’image, tout simplement en augmentant la surface sensible, et pas en multipliant le nombre de photosites dans une surface définie. Le gain ne serait plus lié au nombre de pixels mais à la profondeur de bits, à la qualité et à la dynamique de l’image générée.

Quand au D3x, son utilisation bien moins universelle en fait un produit de niche (oui, de niche, pas de riche : ce n’est pas une “fote” de frapppe). Le prix de vente n’aidera probablement pas à sa grande diffusion, malgré ses qualités indéniables…

11 commentaires “Nikon D3x : prise en mains, troisième partie

  1. Bravo de poser enfin les vrais questions sur les besoins réels en définition. Votre activité professionnelle vous sert certainement en cela!
    Par contre pour prolonger votre conclusion, travailler vous avec des dos numériques? De même, malgrès votre attachement à Nikon, bien compréhensible (je suis un peu dans le même cas), avez vous pratiqué les reflex haute def Canon (1Ds Mark III et 5D Mark II)? Je pose ces questions car il me semble difficile de tirer des conclusions générales d’avenir d’après les fichiers des seuls reflex Nikon. ;o)

  2. Je possède un D3 et Un D3x. Intéressante comparaison, mais je voudrais faire deux remarque informatives:

    – Le D3x demande de très bonne optique pour s’exprimer. Le Micro Nikkor 105 VR n’est peut-être pas le meilleur choix sur un D3x. (Plusieurs utilisateurs abondent dans ce sens et corrobore l’avis de Bjørn Rørslett sur cette optique (http://www.naturfotograf.com/lens_spec.html)

    – Une ouverture de f/27 amène à une énorme perte optique due à la diffraction – perceptible déjà à f11 (limite pour le D3 et d’autant plus pour le D3x). C’est tout à fait normal dans cette condition de ne pas voir de différence, la résolution du D3x est tout à fait gommée.

    Ps : Je n’utilise quasi plus le D3, sauf au delà de 1600 ISO. Ayant comparé les deux boitier avec les mêmes optiques à 100 ou 200 ISO, la douceur des dégradés entre les hautes et les bases lumières ainsi que la profondeur des transitions au niveau des couleurs est surprenante pour le D3x, du niveau des MF

  3. Bonjour à tous et mille excuses pour cette réaction tardive (je suis débordé actuellement).

    Concernant le f/27, j’ai choisi une des meilleures images obtenues avec les D3 et D3x associés au 105 VR. Ce n’est donc pas un essai en l’air mais bien une sélection qualitative. Cet objectif est conçu pour travailler jusqu’à f/45 et est donc très bon à f/27 (pas de diffraction). J’ai aussi le 105 mm f/4 cité par le peu soigneux (cf les photos de son coffre de voiture !) Bjørn Rørslett mais ne suis pas forcément d’accord avec certains de ses jugements, notamment à propos du 24 mm AIS que j’ai personnellement relégué au rôle de presse papier. Mais passons.

    Je suis surpris d’apprendre que certains objectifs auraient la faculté de « gommer » la résolution du D3x. Il faudrait qu’ils aient un pouvoir séparateur inférieur à la taille des photosites du capteur. C’est loin d’être le cas du 105 mm VR que je connais par cœur et que j’a testé à toutes les ouvertures avec les deux boîtiers (http://ecliptique.com/pdc.jpg).
    Pour Alex, merci de tester un autre exemplaire du 105 avant d’affirmer qu’il y a de la diffraction dès f/11. J’ai très récemment eu en main un 45mm PC qui vignettait à f/11 sans décentrement !!! Je ne me suis pas empressé de rédiger un billet incendiaire mais l’ai rendu à Nikon et en attend un autre exemplaire. Cela s’appelle « la présomption d’innocence ».

    Le choix de l’image imprimée (le SP) n’est là que pour illustrer mes dites. La très faible différence de rendu en print grand format se ressent sur tous les autres exemples réalisés avec d’autres optiques et d’autres ouvertures. Je n’ai mis en valeur que cette image dans cet article, mais je pense pourvoir affirmer qu’il est nécessaire d’augmenter très fortement la résolution d’une image pour en apprécier le résultat en grand format. Je pense que la courbe résolution / qualité devient logarithmique à partir de 12 millions de pixels. Pourquoi ? Je ne me suis pas encore trop posé la question mais j’ai juste tenté de tester en pratique cette augmentation de résolution. C’est tout.

    Au niveau du rendu, de la dynamique, etc, je n’ai pas constaté une différence sensible entre le D3 et le D3x en dehors d’une montée de bruit sensible dès 800 ISO sur le D3x.

    Beaucoup à dire encore mais je dois filer… On en reparle si nécessaire.

    Laurent

    Ps pour KIKI : non, je n’ai jamais comparé avec le matériel Canon ‘pas le temps ni l’envie). Quant aux dos numériques, je me suis toujours débrouillé pour détourner leur utilisation en pratiquant l’assemblage de fichier, ce qui me permet d’atteindre des résolutions bien supérieures à moindre frais.

  4. @Kiki
    N’étant pas photographe professionnel mais bête utilisateur d’une boîte à pixels griffée Canon, il ne me semble pas que les fichiers délivrés par le capteur de mon vieux 5D soient « à l’ouest » par rapport aux splendides exemples montrées par mon ami Laurent…! Mais comme ce dernier le précise, la qualité de l’optique joue un rôle essentiel… Et le dernier Canon EF 24mm f/1.4L II USM, lui, n’est pas à reléguer au rang de presse-papier…!!
    Bon WE

  5. GRAND merci pour ces précisions. Ca me rassure sur la précision du présent test.

    Enfin, pourriez-vous poster deux trois vues à 100% de cette fameuse image test ? Là ou le tirage ne montre rien de plus pour le D3x, est-ce que la lecture à 100% vaut le coup d’oeil ?

    Bravo pour tout !

  6. Re bonjour,

    voici deux captures écran (jpg 90) à tel sur photoshop
    http://ecliptique.com/capture_d3.jpg
    http://ecliptique.com/capture_d3x.jpg

    (accentuation similaire sur les deux images, prévue pour du print jet d’encre grand format)

    C’est d’ailleurs sur un écran et à cette taille que la différence de résolution est la plus sensible, perceptuellement parlant.
    Mais qui regarde, ou montre, ses photos à 100% sur un écran ??

    D’autre part, il est très important de savoir qu’un fichier RAW a un piqué différent selon le logiciel qui le révèle. Dans NikonView, il ne s’agit que d’un résumé jpg calculé à la volée, comme c’est aussi le cas sur l’écran de l’appareil photo. Une fois traité par Nikon Capture 2 (ou autre), les paramètres de masque flou son réellement appliqués à l’image, selon les presets mémorisés lors de la prise de vue dans les exif.

    En fonction de cela, méfiez-vous d’une appréciation d’un piqué d’objectif et/ou de la « diffraction » !. Personnellement, je n’accentue jamais lors de la prise de vue et les résultats à l’écran sont toujours un peu doux, voire décevant au prorata de la quantité de pixels de l’appareil. Je ne me permet de juger qu’après développement complet et affectation d’un masque flou bien réglé et optimisé. La réduction de bruit peut aussi affecter la netteté de l’image.

    Ensuite, le masque flou doit être appliqué en fin de correction ET EN FONCTION DE L’UTILISATION FINALE DU CLICHÉ. Il n’y a pas de valeur standard mais bien un réglage qui dépend de la taille réelle d’exploitation, de la résolution nominale et du type d’utilisation (print offset (résolution de trame) ou jet d’encre, consultation écran, taux de compression jpg et j’en passe) et même en fonction du sujet représenté.

    Nota bene : s’il est très facile de renforcer une image brute de capteur non accentuée au départ, il est IMPOSSIBLE d’atténuer proprement un excès d’accentuation sur une image compilée !

    Pour en revenir à la confrontation D3 / D3x, je me suis basé sur une comparaison entre deux images réalisées dans des conditions identiques de température et de pression (comme disait ma prof de chimie). C’est donc à partir de ce cas d’école que je me suis permis d’apporter un jugement basé sur une analyse visuelle la plus objective possible.

    En dehors de cela, chaque image prise individuellement avec le D3 et le D3x se valent (et heureusement d’ailleurs car ce sont d’excellents boîtiers). Ma préférence va toujours pour de multiples raisons au D3 (meilleure image à haute sensibilité, rafales plus rapide, fichiers moins lourds à stocker et à traiter. beaucoup moins cher).

    Voilà !

    Laurent

  7. Merci pour ces très intéressante précisions.

    Est-ce que je peux simplement extrapoler… pour un photographe à min budget… le D700 s’en sortira donc finalement plus que très bien ? On perd uniquement en ergonomie… non ?

  8. Pour Vinc26:

    On GAGNE en ergonomie.
    L’ergonomie du D3x est héritée de celle du… D1.
    Rationnelle, elle n’en est pas moins datée et celle du D700, même imparfaite, est plus « efficace ».

    Pour Jean Christophe:
    Ma question allait dans le même sens que votre propos. La gestion de la netteté n’est absolument pas la même sur Nikon et Canon. Nikon a choisi un rendu « photographique » assez proche de l’argentique finalement, tandis que Canon, au prix d’un rendu parfois qualifié de « numérique », a davantage privilégier la netteté. C’est pour cela que je voulais attirer l’attention des lecteurs sur ce fait. Les nikonistes devraient aller, de temps en temps, jeter un coup d’œil aux images des « boites à pixels » Canon.

  9. @Kiki
    Je crois comprendre le sens de votre dernière intervention… Néanmoins, et même si j’ai souvent ce même « ressenti », le post-traitement jour également un rôle important dans ce rendu quasi « parfait ».

    Votre remarque m’intéresse pour une autre raison, celle de la modénature. Je vais faire de l’explication à deux balles.

    Quand on est habitué à un certain type de traitement, de construction, on a tendance à le décliner à nouveau même si, techniquement, les possibilités techniques nous permettent d’aller bien au-delà…

    Je m’explique ! Quand la technique verrière a permis de fabriquer de plus grands carreaux, on a conservé encore pendant des siècles l’habitude de découper les fenêtres en plusieurs pans de verre. Pire, on vend aujourd’hui des caches à charnière qui viennent sur des vitres d’un seul tenant « singer » les fenêtres classiques à petits carreaux…

    Quand les mayas ont élevé leurs premières pyramides en pierre, la maison au sommet de cette dernière (en pierre) « imitait » la case traditionnelle alors que dans le même temps ils avaient inventé un nouveau type de de voûte…

    Bref, est-ce que l’on ne cherche pas à reproduire malgré l’accélération des techniques des « objets » qui nous rassurent culturellement…?

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