Appareils reflex Canon : Comment choisir ses objectifs ?
Si de nombreux photographes se focalisent sur le bon choix de l’appareil, négligeant celui des objectifs, ces derniers participent de manière prépondérante à la réussite d’une prise de vue et aident aussi à la création d’un style personnel. Remplacés tous les ans par un modèle encore plus perfectionné, les appareils sont devenus des “consommables” éphémères dont le prix de revente est devenu dérisoire. Les objectifs resteront, quant à eux, pendant de longues années dans la sacoche du photographe et se revendent facilement sur le marché d’occasion. Mais comment se retrouver dans la jungle des objectifs, dont il existe plus d’une centaine, tous constructeurs confondus ?

Les objectifs, ici un Takumar 50 mm f/1,4 des années 1960, ont une vie plus longue que les appareils numériques
Si cet article ne peut pas dresser un inventaire complet des références disponibles, il vous donne quelques éléments pour choisir les optiques qui correspondent au mieux à vos exigences, à votre style et à vos sujets les plus courants.
Objectifs Canon ou objectifs compatibles ?
Avec plus de 70 objectifs dans son catalogue, Canon est l’un des fabricants les plus féconds, proposant une gamme d’optiques très complète. Cependant, il existe plusieurs constructeurs indépendants, notamment Sigma, Tamron, Tokina et Cosina/Zeiss. Ces fabricants de renom produisent même de nombreuses références que l’on retrouve, dotées de noms prestigieux, dans les catalogues des fabricants d’appareils photo. Les constructeurs indépendants possèdent donc un savoir-faire considérable, leur permettant de concevoir des objectifs dont les performances optiques et mécaniques n’ont rien à envier à celles des fabricants les plus prestigieux. Mais méfiez-vous : Canon est le seul à connaître l’affection précise des contacts électriques incorporés à sa monture EF/EF-S. De mauvaises surprises existent quand on associe un objectif compatible un peu ancien à un appareil récent – messages d’erreur, blocages, mise au point AF inopérante ou erronée, tout y est possible. En revanche, même les objectifs Canon les plus anciens, issus de la première série de la fin des années 1980 fonctionnent encore sur les appareils contemporains et les constructeurs indépendants proposent le plus souvent une mise à jour (gratuite ou payante) du circuit électronique intégré.
Objectifs EF ou EF-S ?
Canon propose une vaste gamme d’objectifs EF et également un petit nombre d’objectifs EF-S, réservés aux appareils à capteur APS-C, hors EOS D30, D60 et 10D, mécaniquement incompatibles. Les deux gammes optiques se distinguent principalement par leur cercle image, couvrant respectivement les formats 24×36 (EF) et APS-C (EF-S), et par leur monture, qui possède en version EF-S un détrompeur et (souvent) un élément optique protubérant empêchant leur adaptation sur un appareil de type APS-H (EOS 1D) ou plein format (EOS 1Ds et 5D). Les objectifs de la gamme EF-S sont souvent plus petits et plus légers que leur alter ego de la gamme EF, leur focale ou plage de focales étant divisée par le facteur 1,6 et la distance entre la lentille arrière et le « plan-film » plus réduite. L’offre actuelle en objectifs EF-S comprend un objectif macro à focale fixe (60 mm f/2,8 Macro USM), un objectif zoom super grand-angle (10-22 mm f/3, 5-4, 5 USM), trois objectifs zoom transstandard, y compris un objectif de gamme professionnelle (L), un zoom « universel » (18-200 f/3, 5-5, 6 IS) et un zoom télé (55-250 mm F/4-5, 6 IS).

L’offre en optiques EF est en revanche pléthorique, avec une plage de focale allant de 15 à 800 mm et très souvent plusieurs choix par focale ou type d’objectif. Ces optiques s’adaptent sans encombre sur l’intégralité des appareils argentiques et numériques EOS, bien que leur utilité fluctue très fortement : si les objectifs zoom super grand-angle (16-35 mm ou 17-40 mm) perdent une partie de leur intérêt lorsqu’ils sont associés à un appareil APS-H et, à fortiori, APS-C, les objectifs télé en profitent fortement : leur focale est multipliée par le facteur 1,3 ou 1,6, leur ouverture et l’efficacité de leurs dispositifs de stabilisation d’image demeurent inchangées. Mais on pourrait s’interroger sur l’intérêt de la gamme EF-S, dont il existe par ailleurs une analogie chez Sigma (DC), Tamron (Di et Di2) et Tokina (DX et DX2) : son destin relève directement de celui des capteurs APS-C, assez incertaine, suite à l’évolution des capteurs « full frame ». Aux utilisateurs à la fois d’appareils « full frame » et APS-C, je conseille ainsi de se limiter aux seules optiques de la gamme EF, plus universelles et plus pérennes — ils pourront ainsi dédier leur (s) objectif (s) super grand-angle au boitier à capteur 24×36 et leur (s) objectif (s) télé au boitier APS-C...
Objectif zoom ou à focale fixe ?
On constate un véritable engouement pour les objectifs à focale variable (zoom), et ce, même chez certains photographes professionnels dont l’investissement se limite trop souvent au sempiternel trio 16-35 mm, 24-70 mm et 70-200 mm. Les objectifs zoom permettent de modifier l’angle de champ sans pour autant nécessiter le changement d’optique et remplacent souvent à eux seuls deux, trois ou davantage de focales fixes, ce qui est très avantageux en termes de place, de poids et de budget. Mais les objectifs zoom arborent une ouverture maximale plus réduite (bien que certains objectifs haut de gamme disposent d’une ouverture fixée à f/2,8) et la qualité optique est moins homogène et varie souvent beaucoup selon la focale et l’ouverture. De plus, les objectifs de la série « L » professionnelle sont souvent assez onéreux bien qu’exceptionnel par leurs performances et la variation de focale des objectifs zoom tend à rendre les photographes paresseux : au lieu de se déplacer pour rechercher l’angle et la distance de prise de vue la plus appropriée, ils se resignent à tourner la bague de focales de l’objectif, contribuant à la monotonie de leurs cadrages.
Du côté objectifs à focale fixe, trois « gammes » cohabitent : les « anciens », survivants d’une époque lointaine et équipés de moteurs de mise au point traditionnels (AFD), les « semiprofessionnels », dotés de moteurs USM, et les « professionnels » de la gamme « L », pourvus de tous les raffinements optiques (verres spéciaux et éléments asphériques) et mécaniques (protection contre les poussières et les infiltrations d’eau, moteurs USM annulaires à retouche manuelle de mise au point et construction solide). Si les anciennes optiques (EF 15 mm f/2, 8, EF 24 mm f/2, 8, EF 35 mm f/2, EF 50 mm F/1, 8 Mark 1, EF 50 mm F/2, 5 Macro…) ne paient pas de mine, certaines sont même dotées d’un rapport qualité/prix exceptionnel, avec une qualité optique qui n’est pas si éloignée des références « L», bien plus onéreuses. Quant à la gamme intermédiaire (EF 20 mm f/2, 8 USM, EF 28 mm f/1, 8 USM, EF 50 mm f/1, 4 USM, EF 85 mm f/1, 8 USM, EF 100 mm f/2 USM...), elle bénéficie d’un confort d’utilisation et une ouverture maximale très confortables, une qualité optique élevée, mais d’une réalisation mécanique moins réussie que celle de la gamme « L » et, parfois, même de la « gamme des anciens ». Les objectifs de la série « L » (EF 14 mm f/2, 8 L II USM, EF 24 mm f/1, 4 L’ II USM, EF 35 mm f/1, 4 L USM, EF 50 mm f/1, 2 L USM, EF 85 mm f/1, 2 L II USM, ...) représentent le haut de la gamme Canon : lumineux, superbement réalisée et d’une qualité optique exquise, ils sont également plutôt onéreux, plus lourds et parfois même d’un usage moins confortable.

Stabilisateur d’image Canon : le mouvement de l’ensemble appareil et objectif est compensé par celui du groupe optique
On peut regretter que Canon se concentre sur les seuls objectifs « L », délaissant ainsi les objectifs à focale fixe appartenant aux gammes inférieures. En effet, de nombreuses références méritent une révision, notamment en ce qui concerne leur réalisation mécanique et leur dispositif de mise au point. Compacts, légers et plus discrets que les objectifs zoom, les objectifs demeurent néanmoins très intéressants pour qui souhaite marcher dans les traces des photographes célèbres : à l’époque, trois objectifs suffisaient pour la plupart des sujets – 35 mm, 50 mm et 85 mm, lumineux, bien piqué et faciles à emporter…
Mise au point
Les objectifs TS-E et le MP-E 65 mm sont les seuls à ne pas intégrer un moteur AF, la mise au point y est manuelle, mais assistée. Tous les autres objectifs incorporent un moteur de mise au point aux dimensions adaptées. Si quelques objectifs anciens et peu chers incorporent un moteur de type AFD, plutôt lymphatique et assez bruyant, la plupart intègrent un moteur USM, dont il existe cinq déclinaisons : les moteurs Micro USM (types 1 et 2) équipent plusieurs objectifs zoom grand public (EF 28-200 mm, EF 55-200 mm, EF 70-300 mm IS…), mais également l’objectif standard 50 mm f/1, 4, le moteur USM annulaire de type MI la plupart des objectifs « experts » et le moteur USM annulaire de type LI les objectifs télé entre 300 et 800 mm et l’EF 85 mm f/1, 2 L II USM. Notez que seuls les moteurs annulaires sont (presque) silencieux, ce qui est un point important pour passer inaperçu dans un environnement peu sonore.

Moteur AF à ultrasons fonctionnant sous l’action d’oscillations ultrasoniques; les vibrations générées par l‘élément piézoélectrique déclenchent l’action mécanique de mise au point.