Rien n’est plus blanc que Super Blanc
Comme au générique de Vertigo, éprouvons d’abord notre angoisse en scrutant au fond du gouffre colorimétrique ce qu’est la couleur blanche absolue. Le blanc absolu, plus blanc que blanc, ce blanc dont aucune vision humaine ne put jamais se réjouir car il n’est pas réalisable physiquement, ce Super Blanc hypothétique est celui que l’on obtiendrait si l’on était capable de mélanger une ribambelle de petits faisceaux lumineux monochromatiques teintés de toutes les couleurs du spectre visible.
Exprimé sous la forme classique de sa distribution spectrale, un tel blanc absolu, le blanc “équi-énergétique” désigné par la CIE sous le nom d’illuminant standard “E” se réduit à la forme triviale d’une droite horizontale, sa puissance normalisée étant égale à 1 quelle que soit la longueur d’onde.

Distribution spectrale plate de l’illuminant équi-énergétique E standardisé par la CIE.
Connaissant la distribution spectrale d’un illuminant, même s’il s’agit ici d’un illuminant hypothétique, on peut lui appliquer les fonctions colorimétriques de la perception visuelle et situer sa position xy dans le diagramme de chromaticité.
Epargnons-nous le chemin tortueux qui conduisit la CIE à fixer la position de notre blanc idéal dans le diagramme xy. Sachez simplement que ses coordonnées chromatiques sont strictement égales à un tiers (x=y=z=1/3) et que, la somme des composantes d’une couleur x+y+z étant égale à 1 dans le plan de chromaticité, l’illuminant E est le seul point du plan dont les coordonnées chromatiques sont égales. Super Blanc tient ainsi ses promesses, non seulement il est parfait mais, en outre, il est unique. Plus blanc que Super Blanc n’existe pas, aussi blanc que lui non plus.
Pour mieux situer la singularité de ce blanc absolu, examinons la distribution spectrale chahutée, et pour tout dire humaine, d’un blanc plus ordinaire, le rayonnement solaire standardisé par la CIE sous le nom d’illuminant D65 (“D” pour Daylight, “65” pour 6 500 K). On découvre que le spectre de ce blanc solaire culmine dans les bleus, que son énergie s’effondre dans l’ultraviolet mais qu’il fait preuve d’une belle vigueur dans les verts, les rouges et même dans l’infrarouge, ce qui permet au soleil de nous chauffer en plus de nous éclairer…

Distribution spectrale de l’illuminant solaire D65 standardisé par la CIE.
Portons maintenant sur le diagramme de chromaticité la couleur de l‘éclairage solaire telle qu’elle évolue au cours de la journée. Nous obtenons une courbe le long de laquelle se répartissent les illuminants blancs standardisés par la CIE, leurs températures proximales de couleur augmentant de droite à gauche, du rouge-jaune au vert-bleu. Sur la partie médiane de cet arc, c’est-à-dire dans la zone des “blancs bien blancs”, on découvre que notre blanc idéal E (5 400 K) est encadré de près par les deux illuminants solaires standardisés D50 (5 000 K, un blanc un peu jaune) et D65 (6 500 K, un blanc un peu bleu). Nous verrons plus loin comment les procédures d‘étalonnage d‘écran nous demanderont, de manière un peu trop abrupte à notre goût, d’opter pour l’un de ces blancs.

Couleurs des illuminants solaires blancs.
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