L’objectif standard revisité (première partie)
Publié le 13 décembre 2014 dans Articles et dossiers par Volker Gilbert
Bokeh et objectifs standards
Souvent utilisé comme prétexte pour justifier un sujet banal et/ou une composition bancale, le bokeh, c’est-à-dire le rendu des zones hors mise au point, est devenu un facteur avec lequel il faut compter. En fait, il s’agit de la seule caractéristique d’un objectif qui est aisément identifiable sur des images timbres-poste telles que l’on trouve sur le Web, les autres facteurs de qualité étant uniquement discernables sur une image de grande taille. De manière générale, il est plus difficile d’obtenir un bokeh agréable avec un objectif standard qu’avec un objectif télé : la focale étant plus courte, l’objectif inclut davantage d’éléments dans l’arrière-plan (d’où une « agitation visuelle » plus importante). De même, la profondeur de champ étant plus importante, elle génère une transition plus graduelle et moins marquée entre le net et le flou. Malgré cela, les objectifs standards peuvent vous aider à créer des images vaporeuses, avec un sujet principal bien net et le reste de l’image plongée dans un flou abstrait. Pour cela, il faut s’approcher du sujet et maintenir une distance importante entre celui-ci et l’arrière-plan. Si un objectif onéreux (Zeiss Otus 55 mm f/1, 4, Sigma 50 mm f/1, 4 DG HSM Art, Canon EF 50 mm f/1, 2 L USM, Nikon AF-S 58 mm f/1,4 G) offre souvent une qualité de bokeh exceptionelle, grâce à une optimisation poussée de la formule optique, certains objectifs anciens se distinguent par un bokeh aussi atypique qu’attractif. Citons le vénérable Carl Zeiss Biotar 58 mm f/2 des années 1920 et certaines versions de l’objectif standard russe Helios 44-2 58 mm f/2 dont les caractéristiques trahissent la descendance directe du précurseur allemand. Grâce à une sous-correction de l’aberration sphérique, les deux objectifs produisent un rendu caractéristique qui introduit un mouvement circulaire (swirly bokeh) aux éléments de l’arrière-plan. Le bokeh est donc une caractéristique qui n’est pas toujours directement liée aux performances optiques : la forme du diaphragme, plus ou moins circulaire, y joue également un rôle important et la présence de certaines aberrations résiduelles lui est souvent favorable. D’où l’intérêt de réhabiliter certaines optiques vintage….

Le bokeh est avant tout une histoire de goût personnel. Mais il ne doit jamais prendre le pas sur la composition d’une image.
Le piqué avant tout
Le piqué d’un objectif standard est-il systématiquement meilleur que celui d’un zoom trans-standard ? Alors que la supériorité d’une focale fixe était incontestée dans les années 1960 et 1970, les performances optiques des meilleurs objectifs à focale variable se sont améliorés depuis, au point d’égaler celles des focales fixes. Une fois le diaphragme fermé à des valeurs d’ouverture moyennes, la plupart des zooms actuels n’ont donc plus rien à envier aux focales standard. Sous condition de les utiliser correctement, c’est-à-dire en utilisant la règle « 1 divisé par la focale » (24 x 36) ou « 1 divisé par 1,5 fois la focale » (APS-C) pour trouver la vitesse d’obturation la plus lente. Le choix d’un objectif standard pour ses seules performances optiques n’est donc pas forcement pertinent, étant donné qu’il réduit votre mobilité tout en vous demandant un effort supplémentaire pour la composition. La luminosité et le bokeh sont en revanche deux arguments recevables, en faveur des objectfs standards.


















