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L’objectif standard revisité (seconde partie)

À en juger par le succès d’estime de l’Otus 55 mmm f/1, 4 et le succès commercial du Sigma 50 mm f/1, 4 Art, les objectifs standards suscitent actuellement un intérêt renouvelé, pour peu qu’ils bénéficient d’excellentes performances dès la pleine ouverture. Mais s’agissant d’objets à la fois onéreux, lourds et encombrants, les objectifs cités ne séduisent que les photographes prêts à souffrir pour obtenir des images techniquement parfaites. Voici quelques autres objectifs normaux pour reflex Canon, non moins dignes d’intérêt, mais souvent négligés à l’heure du choix.

Depuis son passage à la monture EF, Canon a commercialisé pas moins de huit objectifs standards : EF 50 mm f/1, 0 L USM (1989), EF 50 mm f/1, 2 L USM (2006), EF 50 mm f/1, 4 USM (1993), EF 50 mm f/1, 8 (1987), EF 50 mm f/1, 8 II (1990), EF 50 mm f/2, 5 Macro (1987), TS-E 45 mm f/2, 8 (1991), et EF 40 mm f/2, 8 STM (2012). Deux de ces objectifs ont été discontinués depuis : l’époustouflant EF 50 mm f/1, 0 L USM se négocie aujourd’hui à un prix dépassant allègrement le prix neuf ; quant à l’EF 50 mm f/1, 8, il demeure assez prisé sur le marché d’occasion en raison de sa construction, nettement plus robuste que celle de son successeur, EF 50 mm f/1, 8 II. Les objectifs avec une focale de 50 mm partagent une formule optique de type Planar (double-Gauss) plus ou moins sophistiquée. Les objectifs les plus lumineux incorporent un (50 mm f/1, 2) ou deux éléments (50 mm f/1, 0) à surface asphérique, raison pour laquelle ils arborent le sigle « Luxury » (L). Un dispositif à lentilles flottantes fait alors en sorte que les performances optiques se maintiennent à un niveau élevé aux distances de mise au point les plus courtes. Il en va de même pour l’EF 50 mm f/2, 5 Macro, ou le groupe avant est mobile, et le TS-E 45 mm f/2,8 dont le groupe arrière se déplace pour ainsi compenser les aberrations optiques sur toute la plage de distances. Ce dernier arbore une formule optique de type retrofocus tandis que l’extra-plat EF 40 mm f/2, 8 STM hérite de la formule « classique » Planar, augmentée d’un dernier élément à surface asphérique.

Une focale standard se prête aussi, grâce à son absence de défauts optiques tels que le distorsion, à des prises de vue panoramique. Assemblage de sept vues verticales, Canon 5D Mark II, TS-E 45 mm f/2,8, 1/125 s à f/5,6 et 200 ISO.

Si le 50 mm f/1, 4 incorpore un moteur USM à retouche instantanée, celui-ci est de type cylindrique (Micro USM) qui se distingue avant tout par sa taille, son poids et son cout, très inférieurs à ceux du moteur annulaire (USM), intégré aux objectifs plus lumineux. Quant aux  50 mm f/1, 8 (I et II) et 50 mm f/2, 5 Macro, ils se contentent de simples moteurs électromagnétiques, à la fois plus lents et plus bruyants que leurs alter ego USM et STM. Tous les objectifs TS-E (et donc le 45 mm f/2, 8) ne proposent que la mise au point manuelle, par l’intermédiaire d’une bague de mise au point « classique ». Cette dernière ainsi que la transmission des informations entre l’objectif et le boitier, via des contacts électriques, autorisent alors une mise au point précise.

Les candidats

Pour cet article, j’ai choisi quatre objectifs standards que j’utilise régulièrement sur mes boitiers 24 x 36 : l’ancien EF 50 mm f/1,8, les spécialistes EF 50 mm f/2, 5 Macro et TS-E 45 mm f/2, 8 ainsi que l’objectif “pancake” Voigtländer Ultron 40 mm f/2 SL2. Chacun des objectifs possède son propre caractère en termes de rendu, mais chacun peut aussi servir d’objectif standard unique, en fonction des domaines de prise de vue dans lesquels ils sont utilisés.

Canon EF 50 mm f/1,8

Le Canon EF 50 mm f/1, 8 est l’objectif standard le plus ancien de la gamme EF puisqu’il est sorti en même temps que l’EOS 650, premier reflex autofocus de la marque. Par rapport à son homologue dans la gamme FD, EF 50 mm f/1, 8 gagne une formule optique un peu plus sophistiquée (6 éléments en 5 groupes au lieu de 6 éléments en 4 groupes) et un traitement multicouche des lentilles. À noter aussi une réalisation mécanique qui n’a rien à envier aux objectifs standards plus anciens : bien que fabriquée en matière plastique, la monture parait très soignée, y compris la baïonnette en métal. À la différence de l’EF 50 mm f/1, 8 II qui souffre, lui, d’une réalisation très médiocre toute en plastique, y compris pour la baïonnette. Celle-ci est directement intégrée à la partie arrière. Les deux parties de l’objectif étant emboitées à la va-vite, sans vis, la version II du 50 mm f/1, 8  attire de nombreuses poussières entre les deux groupes de lentilles et se désintègre même parfois intempestivement, suite à un choc ou une chute parfois assez anodine. Si elle bénéficie d’un rapport qualité-prix exceptionnel, mieux vaut donc la considérer comme un consommable, car, dans les mains d’un photographe un tant soit peu baroudeur, elle ne fera donc sans doute pas long feu. La lentille avant de l’EF 50 mm f/1,8, en retrait, est bien protégée contre les lumières parasites et les agressions mécaniques alors que l’élément arrière est assez exposé. La mise au point se fait par le déplacement linéaire de l’ensemble de l’optique, sans rotation de la monture de filtre, autorisant donc l’emploi d’un filtre polarisant. La mise au point automatique, débrayable grâce à un interrupteur AF/M sur le fut de l’objectif, n’est pas aussi rapide et silencieuse que celle de l’EF 50 mm f/1, 4. Mais elle demeure suffisamment précise pour opérer à la pleine ouverture. Quant à la mise au point manuelle, elle s’appuie sur une bague qui ne brille ni par sa douceur ni par sa progressivité. Mais à la différence du remplaçant, l’EF 50 mm f/1, 8 II, l’objectif affiche les distances de mise au point tout en informant sur la profondeur de champ, par l’intermédiaire de deux séries de repères correspondant à f/11 et f/22.

Léger et compact, le 50 mm f/1,8 demeure aujourd’hui encore, presque trente ans après sa conception, un objectif standard très performant. Canon EOS 5D Mark III, 1/320 s à f/5,6 et 400 ISO.

L’EF 50 mm f/1,8 (à gauche) est uniquement disponible en occasion, souvent à un prix dépassant celui de son remplaçant (à droite), qui fait encore partie de la gamme actuelle. S’il partagent la même formule optique, la construction mécanique des deux objectifs est très différente : alors que le nouveau ne possède qu’une espérance de vie très limitée, l’ancien est beaucoup plus robuste – le mien, en état neuf, date de 1987 !

Caractéristiques techniques

  • Focale : 50 mm (équivalent 80 mm sur un reflex au format APS-C)
  • Ouverture maximale/minimale : f/1,8 et f/22
  • Construction optique : 6 éléments en 5 groupes
  • Angle de champ : 46 °
  • Distance minimale de mise au point : 0.45 m
  • Diamètre de fixation pour filtre : 52 mm
  • Diamètre x longueur : 68,2 mm x 43 mm
  • Poids : 190 g
  • Motorisation AFD, extension linéaire, discontinué

Canon EF 50 mm f/2,5 Compact-Macro

Le positionnement du Canon EF 50 mm f/2, 5 Compact-Macro est aujourd’hui assez ambigu : doté, comme l’EF 50 mm f/1, 8 de première génération, d’un antédiluvien moteur de mise au point de type AFD (Arc-Form Drive), l’objectif offre une luminosité en retrait et un rapport de grossissement indigne d’un objectif estampillé “macro “: le rapport 1 : 1 est uniquement atteint en lui ajoutant un accessoire payant (Life-Size Converter EF ou bague allonge EF-25). Présenté en décembre 1987 et n’ayant subi que peu de changements depuis (à signaler tout de même le passage de 5 à 6 pétales pour le diaphragme), l’EF 50 mm f/2, 5 Compact-Macro intègre un moteur de mise au point de conception ancienne : beaucoup plus bruyant que celui de l’EF 50 mm f 1,4 USM, il est aussi plus véloce et nettement plus précis que celui de l’EF 50 mm f/1, 8 II. De par les matériaux utilisés, l’objectif macro n’a rien à envier aux EF 50 mm f/1, 8 et 50 mm f 1,4 USM. Sous un revêtement en plastique plutôt épais se cachent des barillets en métal et la mise au point est précise tout en étant pleinement opérationnelle, grâce à une véritable bague de mise au point et une course très longue qui est due à la distance de mise au point minimale de seulement 23 cm.

Bien qu’il s’agisse d’un spécialiste macro, l’ EF 50 mm f/2,5 Macro produit des images très piquées à l’infini. Canon EOS 5D Mark III, 1/13s, f/14 à 100 ISO.

Caractéristiques techniques

  • Focale : 50 mm (équivalent 80 mm sur un reflex au format APS-C)
  • Ouverture maximale/minimale : f/2, 5 et f/32
  • Construction optique : 9 éléments en 8 groupes
  • Angle de champ : 46 °
  • Distance minimale de mise au point : 0.23 m
  • Diamètre de fixation pour filtre : 52 mm
  • Diamètre x longueur : 67,6 mm x 63 mm
  • Poids : 280 g
  • Motorisation AFD, extension linéaire

13 commentaires “L’objectif standard revisité (seconde partie)

  1. Si possible un test de ces fameux Planar Zeiss Rollei qbm1,8/50.J’ai fabriqué avec 2 bagues une pour Leica M240. Les résultats sont surprenants mais je n’ais pas vos moyens de prendre des mesures. Merci.
    Déjà sur un 5D premier modèle avec une bague j’ai pu constater la qualité de cette gamme ga jusqu’à 85 Zeiss… aujourd’hui objectifs bien oubliés. Vœux, cordialement.

  2. Petite précission le Life Size Converter augmente la focale d’environ 1.26x et il est utilisable avec d’autres objectifs.

    D’un coté si l’on met de coté le cout, avoir un 50 f2.5 plus compact grace à son rapport maxi de 1:2 et assez universel avec sa foale de 50 et son ouverutre de 2.5 et avoir un 63 parfaitement corrigé au rapport 1:1ce n’est pas une configuration si sote.

    • Oui, vous avez raison, le LIfe Size Converter est intéressant puisqu’il augmente la focale par le facteur 1, 3 fois tout en permettant d’accéder aux rapports entre 1:2 et 1 : 1. En revanche, l’acessoire en question est presque aussi cher que l’objectif qui lui est associé…

      • Oui ce Life Size Converter est cher, et puis c’est moins pratique en macro.

        Si l’on se place toujours du coté résultat, cet EF50 avec sa map classique ne doit pas perdre beaucoup de longueur focale au rapport ½ et si l’on utilise le convertisseur LSC pour des rapports plus court on augmente la focale réelle, alors que la plupart des objectifs de 50-60mm macro à map interne la réduisent !
        Et le LSC est sensé corriger les défaut optique au rapport élevé.

        • Je n’ai pas fait de tests concernant la modification de focale (focus breathing) à 1 : 2 mais je suppose qu’elle existe bien puisque l’objectif utilise un dispositif à lentilles flottantes lors de la mise au point (cette dernière n’est donc pas si classique, contrairement à celle de l’EF 100 mm f/2,8 macro « Mark I »…). Mais le convertisseur aide sans doute à conserver l’excellent piqué entre 1 : 2 et 1: 1.

          • Un 100 ou 150 macro par exemple, Gerard Therin l’a testé avec un 100 macro Canon (peut être la géneration avant l’IS) et il obtient un rapport de 1.71/1.
            Je ne sais pas si l’on peut mettre un lien ?
            Son site est naturepixel.com

            Pour la diminution de focale de l’EF50 elle doit être moindre que si c’était une mise au point interne.

  3. Cette nuit j’étais un peu fatigué, mais on pourait peut être marier ce LSC avec les TSE 90 ou 45.

    J’utilisais des fois mon TSE90 avec un doubleur Canon, je prévoyais de le faire aved le 1.4 mais je ne l’ai jamais acheter.
    Si c’était à refaire je pencherai plutôt pour ce LSC.

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